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Friday
29
September 2017
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Enfin en F1 : Pierre Gasly sort de sa réserve

Ce dimanche, le pilote Pierre Gasly, 21 ans, disputera son premier Grand Prix de Formule 1 à Kuala Lumpur. À quelques heures du grand saut, il nous livre ses sensations en exclusivité.

Pierre Gasly sort de sa réserve... du moins de son rôle de « pilote de réserve » de Red Bull Racing, qu’il tient depuis 2015. Cette semaine, le rouannais a été désigné pour remplacer Daniil Kvyat dans le baquet d’une Toro Rosso. Ça se passera dimanche sur le circuit de Sepang, à Kuala Lumpur (Malaisie). Vainqueur de la saison de GP2 2016 et actuellement engagé en Super Formula avec le Team Mugen, Pierre s’installe donc chez Toro Rosso pour - au moins - le Grand Prix de Malaisie de ce week-end, et celui du Japon probablement. Celui qui a débuté sa carrière dans le kart en 2006 nous fait part de ses sensations à l’approche de sa première course dans la discipline reine et nous explique comment il a atteint « le haut de la pyramide ».

Salut Pierre, il est 19h en Malaisie actuellement, et tu disputeras ton premier Grand Prix en F1 dans trois jours... Quel est ton état d’esprit ?

Je suis super excité à l’idée de disputer mon premier grand prix en F1, super heureux. Je n’ai qu’une envie, c’est de démarrer, d’y être. Et ça va commencer dès demain, vendredi, avec les essais libres.

Quand as-tu appris que tu allais participer à ce Grand Prix de Malaisie ?

En fait il était déjà prévu que je sois en Malaisie, en tant que troisième pilote. Mes vols étaient déjà bookés... Je savais aussi qu’il y avait des choses qui se passaient, mais je ne savais pas ce qui m’attendait concrètement. J’avais ma course en Super Formula dimanche dernier, j’ai donc fait le vol Tokyo-Malaisie lundi, et quand je suis arrivé en Malaisie j’ai reçu un premier message du team manager de Toro Rosso m’annonçant que j’allais sûrement rouler ce week-end. J’étais assez excité du coup, pas facile de s’endormir lundi soir (rires).

Quand as-tu eu une confirmation à 100% ?

Mardi matin, quand j’ai eu la confirmation d’Helmut Marko (ndlr : dirigeant de Red Bull Racing et responsable de sa filière des jeunes pilotes), de Franz Tost, le patron de Toro Rosso, et de Graham Watson, le team manager de Toro Rosso.

Quelle a été la première personne que tu as prévenue de cette énorme nouvelle ?

J’ai tout de suite appelé mes parents pour leur annoncer la nouvelle et les remercier pour tout ce qu’ils avaient fait pour moi. Ils ont vraiment tout donné, et il y a eu des moments où c’était compliqué. Ils ont tout fait pour que je puisse atteindre mon objectif et réaliser mon rêve. Au final, ça a payé.

J’ai tout de suite appelé mes parents.

Du rêve à la réalité... passons à ce qui t’attend ce week-end. Une trentaine de degrés et des pluies probables, plutôt hostile pour un premier Grand Prix en F1 ?

C’est sûr que ça ne va pas être des conditions faciles. En Malaisie c’est toujours difficile d’appréhender la météo. Tu vois, aujourd’hui, on a déjà eu trois orages... Un orage énorme, ça a séché, et puis un autre orage, et encore un autre ! Les conditions ne vont pas être faciles, mais j’en ai déjà connues des similaires. Il faut faire avec, faire au mieux avec la situation.

Est-ce que, par rapport aux catégories dans lesquelles tu t’es déjà exprimé, la Formule 1 est un step au-dessus en termes de danger, de risque ?

Les monoplaces en général, c’est très dangereux, mais en F1, ça l’est encore plus à cause des vitesses qui sont plus élevées. Sur ce circuit de Sepang, on n’a pas les plus longues lignes droites, mais on peut monter à 330, 340 km/h, donc c’est sûr qu’à cette vitesse, ça peut devenir assez grave.

Tu appréhendes ce risque, ou tu l’as balayé de ton esprit ?

Ce risque, la course, c’est ma vie. Je suis là où j’ai toujours voulu être, avec les meilleurs, au meilleur niveau de ce sport, et je suis très heureux de me lancer ce week-end.

Ce risque, la course, c’est ma vie.

Tu es dans l’antichambre de la F1 depuis un moment, et plutôt bien préparé à une telle opportunité, mais quel est le facteur totalement inconnu qui t’attend en Malaisie ? Ce à quoi personne n’a pu te préparer ?

En termes de pilotage, tout va plus vite, ça demande donc plus au pilote. Mais après, surtout, on est au plus haut niveau, au top de la pyramide. Les 19 pilotes que j’aurai sur la grille avec moi sont les meilleurs dans cette discipline. Le niveau va être très très élevé... On parle de Hamilton, Alonso, Vettel, des pilotes avec beaucoup d’expérience, ça va donc être plus compliqué, forcément.

On est au plus haut niveau, au top de la pyramide.

Qu’est-ce qui fait que, à 21 ans, tu as atteint le haut de cette pyramide ?

C’est un mix de plusieurs choses. Sûrement un mix de talent et de beaucoup de travail. J’ai atteint un niveau où je suis devenu champion du monde en Formule 2 en me bagarrant avec des pilotes tous très talentueux, mais je pense que la différence est passée par le travail fourni, pendant les week-ends, pour essayer d’améliorer la voiture, le moindre petit détail. Je suis un perfectionniste, j’essaie de me concentrer sur tout pour améliorer la performance. Je suis aussi, disons, obsédé par les victoires, être au meilleur, donc j’essaie toujours de m’améliorer, et je pense que ça a fini par payer.

Je suis un perfectionniste, j’essaie de me concentrer sur tout pour améliorer la performance.

Est-ce que cette exigence t’a obligé à sacrifier des choses, dans ta vie personnelle, d’adolescent ?

Forcément. Je suis parti à 13 ans de chez moi pour intégrer un « sport-études », assurer mes compétitions en kart et participer aux Championnats de France, d’Europe et du monde. C’est bien sûr un investissement personnel, dans la mesure où je n’ai pas la même vie que les gens de mon âge. Je n’ai pas le même mode de vie que mes amis. Il y a une certaine rigueur à avoir quand on est sportif de haut niveau. On ne sort pas en boîte tous les week-ends, il faut faire attention à la nutrition, il faut s’entraîner tous les jours, être sérieux. Mais je ne prends pas cela comme des sacrifices. C’est ce que j’aime faire, et ça m’apporte le bonheur d’être là où j’ai toujours eu envie d’être.

Malgré tout le travail fourni, quel a été le plus apporté par Red Bull depuis qu’ils t’accompagnent ?

Ils apportent beaucoup de choses sur l’aspect physique, avec un gros suivi assuré par des coaches finlandais avec lesquels je bosse depuis quatre ans. Ça m’a beaucoup apporté sur le plan physique. J’ai aussi pu faire énormément de simulateur F1 pour me préparer. Je fais aussi des journées test en F1 depuis 2015. Si cette opportunité se présente aujourd’hui c’est parce que je fais partie de leur programme dédié aux jeunes pilotes, mais aussi du fait de mes résultats dans des catégories inférieures. Sans eux je ne serais pas là, et ils m’offrent aujourd’hui une belle opportunité de débuter ma carrière en F1.

Ton métier est un métier de vitesse, extrême, mais il semble que la patience y soit un atout. Savoir attendre le bon moment, les opportunités...

L’année dernière, après avoir gagné le Championnat du monde en Formule 2, je me sentais prêt pour la F1. Mais on m’a dit d’être patient, alors je me suis engagé en Super Formula au Japon, où je suis actuellement en bagarre pour le titre, à une course de la fin. Il faut aussi savoir relativiser, je n’ai que 21 ans, ça reste très jeune, et je n’ai donc pas attendu trop longtemps. Je n’ai attendu que neuf mois finalement.

Tous tes fans et les passionnés de F1 se posent la question... Seras-tu en F1 sur la saison 2018 ? Est-ce que le Grand Prix de Kuala Lumpur est la première étape de quelque chose déjà bien engagé ? Que peux-tu nous dire concrètement ?

En fait je n’ai pas la réponse. Nous n’en avons pas parlé. C’est sûr que me mettre en fin de saison est une bonne opportunité pour préparer, potentiellement, l’année prochaine. Je vais prendre séance par séance, apprendre le plus rapidement possible avec les équipes, aux côtés de Carlos Sainz, qui est en bonne forme en ce moment. C’est une belle opportunité, mais on va se concentrer sur ce week-end. Pour la suite, on verra.

On va se concentrer sur ce week-end. Pour la suite, on verra.

Pour terminer, ce dimanche, se déroulera aussi un autre genre de courses, au Domaine national de Saint-Cloud cette fois : le Red Bull Caisses à Savon. Quel est ton conseil a tous les pilotes déjantés qui vont s’y engager, pour passer la ligne d’arrivée ?

Mon conseil serait qu’ils restent sur quatre roues (rires) ! Avec tous les obstacles qu’il y aura sur leur piste, ça ne va pas être simple. Ne finissez pas sur le toit les gars !