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Sunday
15
April 2018
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2018 FORMULA 1 HEINEKEN CHINESE GRAND PRIX

NÉ POUR PILOTER

Pierre Gasly, jeune pilote de l’écurie Toro Rosso, qui dispute ce matin le Grand Prix de Chine à Shanghai, a fait ses débuts en karting près de Rouen. Genèse d’un phénomène.

de Chine…

Sixième temps des qualifications à Bahreïn la semaine dernière, Gasly doit se contenter d’une 

17e place sur la grille de départ ce matin à Shanghai. Loin des Ferrari de Vettel et Räikkönen. 

Les changements de réglages opérés par le Français n’ont cette fois pas été payants. Bien au contraire. 

« J’ai failli me crasher deux fois, avec une  énorme perte de stabilité à l’arrière, a-t-il expliqué. Nous savions que le top 10 allait être difficile, mais nous visions la 11e ou la 12e place, être à 

quelques dixièmes, mais pas ça. Enfant, Pierre Gasly n’avait pas 

« C’EST ICI que tout a commen-cé… » 

Perché sur la passerelle des stands, Claude Wallecan, ancien président de l’ASK Rouen 76, désigne avec fierté le circuit de karting Lucien-Lebret, à An-neville-Ambourville. Quelques centaines de mètres de bitume usés par la gomme où le jeune pilote de F 1 Pierre Gasly, 22 printemps au compteur et magnifique quatrième du der-nier Grand Prix de Bahreïn, a fait ses premiers tours de roues il y a près de seize ans; « A l’époque, il n’avait pas  l’autorisation de rou-ler sur la piste car il avait moins de 7 ans, se souvient Jean-Char-les Dumont, le successeur de Wallecan. Alors, il venait avec ses parents sur le coup de midi, quand il n’y avait personne, et faisait du mini-kart. Il était tout le temps là ! » Il faut dire que l’es-sence coule dans les veines de la famille Gasly. Le grand-père Jean, la grand-mère Evelyne et le père Jean-Jacques ont tous été des champions de karting…

Son père a arrêté la compé-tition juste avant qu’il naisse, sourit Pascale, sa maman. Donc, j’étais sur les pistes enceinte. Et à la maison, on avait déjà quatre garçons. Le week-end, c’était la F 1, la moto, etc. C’est notre façon de vivre, on est des passionnés. Lorsqu’il a fait ses premiers es-sais, ses pieds touchaient à peine les pédales. On avait dû courir derrière lui pour le rattraper parce qu’il ne pouvait pas frei-ner ! » Mais le petit garçon ap-prend vite. Très vite. Et trace déjà sa destinée.

« Voir un gamin avec une telle détermination, ce n’est pas fréquent »

Dès ses 2 ans, je savais qu’il était différent de mes autres fils, poursuit sa mère. J’étais même un peu inquiète parce qu’il est venu plus tard que les autres et je me disais qu’il avait sûrement des tares. (Rires.) Quand j’entrais dans sa classe, je savais immé-diatement où était son dessin. Tous les autres mettaient des gommettes de couleurs plein la feuille et lui, il les alignait tout autour. Tout était toujours cadré. Ce n’était pas normal. A la mai-son, il rangeait les voitures blan-ches avec les blanches, les jau-nes avec les jaunes, etc. Il fallait que tout soit parfait. » Après avoir promis de toujours bien travailler à l’école – il est  l’un des rares pilotes à avoir son bac —, le petit Pierre attaque la compéti-tion à 9 ans.  « Il gagnait tout, souffle Claude Wallecan. Voir un gamin avec une telle détermina-tion, ce n’est pas fréquent. On avait l’impression que, pour lui, c’était inéluctable d’arriver un jour en F 1. Il vivait pour ça. Il en était persuadé. En fait, dès 10 ans, il était comme un pilote pro. » Au point que la mère du petit chérubin au regard bleu perçant et aux mèches blondes se transforme déjà en agent.

Pendant des années, ça a été un boulot énorme, un deuxième travail, confie-t-elle. A l’époque, ses grands frères commen-çaient des études supérieures et on ne pouvait pas tout financer. Alors j’ai commencé à monter des dossiers pour chercher des sponsors. On ne nous prenait pas forcément au sérieux mais je n’avais pas le choix. Pierre était très attachant, avec sa tête d’enfant, mais, dès que je l’em-menais aux rendez-vous, les gens se rendaient compte qu’il était très déterminé et ambi-tieux. S’il était avec moi, j’obte-nais le double. Il ne vous lâche jamais du regard, il vous teste pour essayer de vous convain-cre. Un chef d’entreprise qui voit un bout de chou comme ça, for-cément il craque !

Jean-Mary Demondion a cra-qué. Membre du club, il a été l’un des premiers à soutenir Gasly dans sa quête précoce du titre de champion du monde de F 1. « Le week-end, je suis directeur de course et les pilotes me tournent autour, explique ce dirigeant d’une entreprise de protection électronique (DGS), qui a invité les parents Gasly chez lui ce week-end pour suivre ensem-ble le Grand Prix de Chine. Je re-père facilement les talents. En minimes, Pierre était époustou-flant ! On faisait courir minimes et cadets en même temps et on laissait une ligne droite d’écart entre les catégories. Le problè-me, c’est que Gasly rattrapait les cadets quelles que soient les conditions ! Je n’ai pas hésité une seule seconde à le soutenir car il était excellent, intelligent, tra-vailleur… 

« Il sent la voiture. Il sent la mécanique. C’est un genre de Prost »

Et déjà très méticuleux dans la mise au point de son engin. « Il étudiait le tracé du circuit, il était très impliqué, il donnait des infos au stand  sur les réglages, lâche Jean-Charles Dumont. Il sent la voiture, il sent la mécanique. C’est un genre de Prost. » Qui ti-tille très vite son goût de la vic-toire au contact des Esteban Ocon, Charles Leclerc et Max Verstappen, qu’il côtoie aujour-d’hui au sommet. « De toute fa-çon, que ce soit au golf, au tennis, c’est obsessionnel pour lui d’être le meilleur », soupire Pascale Gasly. Aujourd’hui, Gasly revient une fois par an sur le lieu de ses débuts. Il a même repris sa li-cence au club cette saison.

 C’est bien la première fois qu’on a un pilote de F 1 chez nous, se marre Claude Walle-can. Il a toujours été bien éduqué et il est conscient de tout ce que son entourage a fait pour l’aider. Il dit toujours nous et pas je. » Pour Jean-Mary Demondion, la force du Rouennais réside dans sa foi inébranlable. « Il y a deux ans, il a eu un accident de voiture avec ses parents en marge du GP2 de Silverstone, raconte-t-il. Sa mère a été gravement tou-chée et a dû être évacuée en sang à l’hôpital. Entre deux visi-tes, il a fait la pole position, puis gagné la course. Et deux mois après, il s’est rendu compte qu’il avait une vertèbre fracturée. C’est Pierre…